Xavier Grall
les marins
Les vieux de chez moi ont des
îles dans les yeux
Leurs mains crevassées par
les chasses marines
Et les veines éclatées de leurs pupilles bleues
Les vieux de chez moi ont
vaincu les récifs d’Irlande
Retraités, usant les bancs au
levant des chaumières
Leurs dents mâchonnant des
refrains de Marie-Galante
Ils lorgnent l’horizon blanc
des provendes hauturières
Les vieux de chez moi sont
fils de naufrageurs
Leurs crânes pensifs roulent
les trésors inouïs
Des voiliers dans les goémons
rageurs
Et luisent leurs regards
comme des louis !
Les vieux de chez moi
n’attendent rien de la vie
Ils ont jeté les ans, le
harpon et la nasse
Mangé la cotriade et siroté
l’eau de vie
La mort peut les prendre,
noire comme pinasse
Les vieux ne bougeront pas
sur le banc fatigué
Observant le port, le jardin,
l’hortensia
Ils diront simplement aux
Jeannie, aux Maria
« Adieux les belles, c’est le branle-bas »
XAVIER GRALL
